Je retrouve Alain Gueudré, que j'avais connu via le Forum104. Alain est très engagé dans le mouvement Bahá'íe, qui propose un chemin d'ouverture vers la dimension universelle. Par les temps qui courent, cette proposition est plus que jamais d'actualité...
Alain nous explique ce qu'est cette foi :
Le mot « religion » suscite aujourd’hui souvent de la méfiance.
Pour certains, il évoque une source de sens et de réconfort. Pour d’autres, il rappelle surtout les dogmes, les divisions, la culpabilité ou les abus de pouvoir.Cette méfiance est compréhensible et beaucoup de personnes ont pris leurs distances avec les religions établies, mais sans pour autant renoncer à une recherche spirituelle. Elles méditent, s’intéressent à différentes traditions, cherchent à mieux se connaître et pressentent que l’existence ne se réduit pas à ce que nous pouvons voir, mesurer ou posséder.
Elles ne veulent plus qu’on leur dise ce qu’elles doivent croire, mais elles se posent des questions existentielles comme : qu’est-ce qui donne véritablement du sens à une vie, comment reconnaître et développer ce qu’il y a de meilleur en moi, comment vivre une spiritualité qui m’aide à agir avec plus de conscience, de justice et d’amour ?
C’est à partir de ces questions que je voudrais évoquer la foi bahá’íe, non comme une vérité à accepter telle que, mais comme une perspective à découvrir librement.
Une même lumière, plusieurs chemins.
La foi bahá’íe est née en Perse au milieu du XIXᵉ siècle.
Leurs enseignements ne sont évidemment pas identiques. Ils sont apparus à des époques différentes, au sein de sociétés qui n’avaient ni les mêmes besoins ni le même niveau de développement. Mais derrière cette diversité, on retrouve une même invitation : apprendre à aimer, à rechercher la vérité, à pratiquer la justice, à dépasser notre ego et à reconnaître la dignité de chaque être humain.
On pourrait comparer les grandes religions aux chapitres successifs d’un même livre. Chaque chapitre apporte un éclairage nouveau, adapté à une période particulière, sans rendre les précédents inutiles ou mensongers. Cette idée est appelée, dans la foi bahá’íe, la révélation progressive.
J’aime bien cette métaphore : la lumière est une ; les lampes sont différentes.
Cette vision change profondément le regard porté sur les religions. Elles ne sont plus des territoires rivaux dont l’un devrait nécessairement triompher des autres. Elles deviennent les étapes successives d’un même processus d’éducation spirituelle de l’humanité.
L’unité ne signifie pas l’uniformité
L’une des paroles les plus connues de Bahá’u’lláh affirme que « La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens. »
Cette phrase est pour moi totalement d’actualité tant nos vies sont devenues profondément interdépendantes : ma femme est née en Iran, ma nièce en Chine, ma voiture japonaise est produite en Angleterre par des ouvriers polonais et pakistanais avec des machines conçues en Allemagne et fabriquées en Turquie ... Et l’actualité nous rappelle en permanence que les crises écologiques, les migrations, les conflits, les inégalités et les bouleversements économiques ne s’arrêtent pas aux frontières.
Pourtant, beaucoup de nos fonctionnements reposent encore sur la peur de l’autre, la compétition et l’opposition entre « nous » et « eux ».
Nos différences culturelles et spirituelles peuvent devenir une richesse, dès lors qu’elles ne servent plus à établir des hiérarchies entre les êtres humains.
L’enjeu de notre époque ne serait donc pas de perfectionner à l’infini nos outils. Il serait aussi – et surtout - d’apprendre à vivre comme les membres interdépendants d’une même famille humaine.
Du développement personnel à la transformation intérieure
Ce qui me touche dans l’ approche baha’ie, c’est le lien qu’elle établit entre la transformation de l’individu et celle de la société. C’est le concept de double objectif moral.
Une spiritualité qui ne transforme pas peu à peu notre manière de vivre risque de rester une belle expérience, mais séparée du réel, quelque peu hors sol ...
Dans la vision bahá’íe, la prière et la méditation ne sont donc pas des refuges permettant de fuir le monde. Elles peuvent devenir des moyens d’observer nos intentions, de purifier notre regard et de puiser la force nécessaire pour agir.Le travail intérieur et le service aux autres sont comme les deux mouvements d’une même respiration.
La transformation du monde ne dépend pas seulement de grandes décisions politiques ou institutionnelles. Elle commence déjà dans notre manière de parler à nos proches et aux inconnus, d’accueillir une personne différente, d’accompagner un enfant, de traverser un conflit ou de répondre à une injustice ...
Une relation directe avec le spirituel
La communauté bahá’íe n’a pas de clergé, il n’existe ni prêtre ni intermédiaire chargé de définir la relation de chacun avec Dieu. Toute personne est invitée à lire, à réfléchir, à dialoguer, à prier et à rechercher par elle-même. On parle de recherche libre et indépendante de la vérité.
Une spiritualité vécue dans le quotidien
La foi bahá’íe accorde une grande importance à des actions simples : réunir quelques personnes pour prier et réfléchir sur l’amélioration de leur environnement, accompagner les enfants dans le développement de leurs qualités, aider les adolescents à prendre conscience de leurs capacités ou créer des espaces où des voisins peuvent apprendre à se connaître et à agir ensemble.
Ces activités sont ouvertes à tous, que l’on se considère croyant – quelle que soit la religion, agnostique, en recherche ou simplement désireux de contribuer au bien commun.L’objectif n’est pas de convaincre les autres d’adopter une nouvelle étiquette religieuse, il est d’apprendre ensemble dans l’action.
La spiritualité devient alors une réalité vécue, qui s’enrichit en permanence de l’expérience du quotidien.
Rester en chemin
Je ne vois pas la foi bahá’íe comme une invitation à cesser de chercher, je la vois plutôt comme une manière d’élargir cette recherche.
Elle m’invite à considérer que la réalité spirituelle est bien plus vaste que les mots utilisés pour la décrire. Elle m’invite aussi à regarder les grandes traditions non comme des systèmes concurrents, mais comme les expressions diverses d’une même sagesse.
Peut-être le véritable chemin consiste-t-il à unir les deux : approfondir notre vie intérieure tout en mettant nos qualités et nos capacités au service des autres.
Et avec la conviction que, derrière nos innombrables différences – nos identités secondaires, nous appartenons tous à une seule famille humaine, notre identité fondamentale.
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- https://www.bahai.org/fr : le site de présentation au niveau mondial avec des informations de base (en français dans cette partie)
- https://www.bahai.fr/actualites/ : le site des baha'is de France, la page Actualités qui donne une idée de ce qui se passe dans le monde baha'i
- https://bibliotheque-bahaie.fr/bahaullah/paroles-cachees/ : la bibliothèque baha'ie de France en ligne, sur la page d'un ouvrage de Baha'u'llah "Les Paroles cachées", pour celles et ceux plus sensibles à l'aspect mystique et poétique des Écrits saints.
